Qu’est-ce que la théorie de l’attachement ?

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La théorie de l’attachement est une théorie selon laquelle un jeune enfant a besoin, pour connaître un développement psychique et émotionnel normal, de lier une relation d’attachement avec au moins une personne qui prend soin de lui de façon cohérente et continue. Cette théorie est un pavé dans la mare psychanalytique, à un point tel que lorsqu’elle fut énoncée et étudiée dans les années 1960, elle influença directement les directives de l’OMS concernant les politiques de protection de l’enfance. Pour comprendre pourquoi il est si important de savoir reconnaître et répondre aux besoins des enfants dès le plus jeune âge, il faut comprendre ce besoin d’attachement. Le besoin d’attachement pose les bases d’une parentalité consciente et bienveillante.

L’attachement est un « besoin primaire »

Un bébé qui vient de naître est incapable d’exister seul. Il a besoin de l’adulte pour vivre, se nourrir, s’habiller, se laver, etc. Cependant, ces besoins physiques et physiologiques ne sont pas les seuls besoins du nouveau-né.

Dans un contexte où la psychanalyse régnait en maître, à la fin des années 1950, les travaux de deux intellectuels vinrent perturber ce que l’on croyait savoir sur l’attachement.

En 1958, Bowlby soutient que l’attachement est un besoin primaire du nourrisson : c’est parce qu’il va y avoir l’établissement d’une relation affective que l’enfant va se laisser nourrir physiquement. Cette thèse va à l’encontre des thèses psychanalytiques.

Pour lui, l’attachement à une personne précise, va lui permettre d’apprendre à communiquer avec cette personne. Plus il interagit avec elle plus il développe ses capacités d’interactions sociales avec les autres.

À ceci s’ajoute les travaux d’Harry Harlow qui établissent que la nourriture ne joue qu’un rôle secondaire dans le tissage du lien mère-enfant.

Pour les théoriciens de l’attachement, pour se développement de façon harmonieuse physiquement et psychiquement, l’enfant a besoin d’avoir dans son entourage une figure d’attachement stable. Cette figure d’attachement est la personne qui s’occupe de lui de façon cohérente et continue. Celle-ci va lui fournir une base de sécurité.

Les différents types d’attachement

Dans les années 1970, Mary Ainsworth, dans la lignée de John Bowlby établit une typologie de l’attachement.

À ce jour, on dénombre 4 types d’attachement :

  • Sécure : l’enfant se sent suffisamment en sécurité avec celui qui prend soin de lui. La figure d’attachement sait répondre aux besoins d’attachement rapidement et de façon adaptée.
  • Évitant : L’enfant montre de l’indifférence envers celui qui s’occupe de lui. Son comportement est identique qu’avec un étranger. La figure d’attachement ne sait pas quoi répondre à l’enfant ou bien ne lui répond pas. Il fait comprendre par son attitude que l’enfant doit se débrouiller seul.
  • Ambivalent : Le comportement de l’enfant est assez instable parfois il cherche la proximité avec celui qui s’occupe de lui, parfois c’est le contraire. L’adulte, lui, répond aux besoins de l’enfant tantôt de façon adaptée, tantôt à côté de la plaque.
  • Désorganisé : L’enfant a un comportement contradictoire et désorienté avec l’adulte qui s’occupe de lui. La figure d’attachement est d’une froideur, voire maltraite le nourrisson.

Une multitude de travaux sont en cours concernant les conséquences que les différents types d’attachement pourraient avoir dans la vie adulte. Ces travaux tentent de déduire de potentielles pathologies liées à des troubles de l’attachement.

Les figures d’attachement

La figure d’attachement est la personne qui s’occupe de façon constante et régulière du nourrisson. C’est elle qui procure à l’enfant ce sentiment de sécurité et qui répond à ses besoins. On l’appelle aussi « caregiver« . Il s’agit, en général, de la mère. Cependant, d’autres personnes peuvent être des figures d’attachement.

Caractéristiques et idées reçues sur l’attachement

Comme toute théorie, la théorie de l’attachement pose un certain nombre d’affirmations. Elle pose aussi un certain nombre d’idées reçues dont se nourrissent ses détracteurs. Faisons le point.

La mère n’est pas la seule figure d’attachement

En effet, bien que la mère soit le plus souvent la figure d’attachement principale, d’autres personnes peuvent être des figures d’attachement. En fait, la figure d’attachement principale sera la personne qui s’est occupé de manière constante et cohérente de l’enfant en répondant à ses besoins d’attachement.

Il faut en conclure deux choses :

  • La figure d’attachement principale est en réalité le « caregiver », c’est-à-dire toute personne qui a pris soin de l’enfant de façon cohérente et continue de telle sorte que ce lien d’attachement se soit construit. Ce peut être la mère, ou le père ou la  nourrice de l’orphelinat.
  • Il existe des figures d’attachement principales et des figures d’attachement secondaires : ce qui explique grosso modo qu’un nourrisson ne va pas s’attacher (aimer) plus sa nounou que sa maman. Il y a donc une hiérarchisation dans les figures d’attachement qui entourent un nourrisson. La figure d’attachement principale étant celle qui est la plus sécure.

L’amour ne suffit pas pour créer un lien d’attachement sécure.

Même si une mère aime son enfant à la folie, cela ne veut pas dire que le lien d’attachement qui existe entre elle et son nourrisson soit sécure. Pourquoi ? Parce que l’amour ne suffit pas.

Une notion très importante est à retenir : la responsiveness.

La responsiveness c’est la capacité du caregiver à percevoir et à interpréter les besoins de l’enfant pour y répondre de manière cohérente. D’une manière générale, les mères savent y faire, mais ce n’est pas toujours le cas.

Donc, les conditions pour qu’existe un lien d ‘attachement sécure qui sera la base de sécurité de l’enfant avec sa figure d’attachement sont, l’amour certes, mais surtout la capacité qu’aura cette figure d’attachement à reconnaître et àrépondre de façon cohérente à ses besoins.

L’attachement de l’enfant envers sa mère (ou toute autre figure d’attachement principale), n’est pas immédiat

Il est faux de croire que l’enfant s’attache immédiatement à sa mère ou à sa figure d’attachement principale dès ses premiers jours de vie. Même si l’idée fait rêver, le lien d’attachement ne naît pas instantanément.

D’après la théorie de l’attachement, le lien d’attachement se crée de façon progressive en 3 étapes.

Etape 1 : de 0 à 3 mois, le nourrisson cherche une présence.

Etape 2 :de 3 à 6 mois, le nourrisson s’oriente progressivement vers la personne qui s’occupe le plus et le mieux de lui.

Etape 3 6-9 mois jusqu’à 3 ans : l’enfant construit sa base de sécurité.

C’est vers 9 mois que l’enfant aura « trouver » sa figure d’attachement principale.

Les figures d’attachement sont évolutives

Au cours de notre vie, notre mère (ou père) n’aura pas le monopole  l’attachement. Les relations que nous nouons au cours de notre vie donnent lieu à la création de nouveaux liens d’attachement. Bien que secondaires, celles-ci peuvent occuper une place importante dans notre vie.

Nos amis, notre conjoint, deviennent dans certaines mesures des figures d’attachement. Cependant, ces nouveaux liens, même s’ils masquent un temps la figure d’attachement de notre enfance, ne peuvent pas la remplacer. L’adolescent qui a un gros problème appellera en premier ses parents. L’adulte que nous sommes devenus appellera son conjoint mais aussi ses parents.  Lorsque nous aurons atteint la vieillesse, ce sont nos enfants qui, à leur tour, deviendront nos figures d’attachement.

Il existe une transmission intergénérationnelle du lien d’attachement

Dans 75% des cas, du côté maternel, le lien d’attachement est transmis. Autrement dit, trois mamans sur quatre qui ont nou2 un lien d’attachement sécure durant leur tendre enfance avec leur figure d’attachement principale va transmettre un lien d’attachement sécure à leur tour. C’est ce que tendent à démontrer certaines études.

Un lien d’attachement insécure n’aboutit pas forcément à une pathologie

Et heureusement ! Les enfants qui n’ont pas eu le bonheur de construire un lien d’attachement sécure avec leur figure d’attachement ne fissent pas tous, névrosés, sociopathes ou pervers narcissiques.  Bien que l’attachement possède une place fondamentale dans le développement harmonieux de l’enfant, il existe des déterminismes et des paramètres extérieurs, génétiques,… qui ne font pas d’un attachement insécure une fatalité.

Bien que certains grands défenseurs de l’attachement et certains chercheurs tendent à démontrer qu’il existe des pathologies de l’attachement il persiste un certain flou artistique  dans ce domaine.

Les conséquences possibles d’une absence d’attachement

L’absence de lien d’attachement, bien qu’il reste assez rare, peut aboutir à de sérieux désordres dans la vie de  l’enfant puis de l’adulte :

  • affecter le développement cognitif et affectif de l’enfant
  • vulnérabilité  à l’âge adulte
  • augmentation de l’anxiété et du stress
  • manque de confiance en soi
  • relations sociales difficiles
  • augmentation des risques de psychopathologie

 

Le style d’attachement d’un nourrisson repose essentiellement sur la disponibilité émotionnelle du parent, sa sensibilité, c’est-à-dire sa capacité à interpréter les états internes de son enfant et à y répondre rapidement et de manière stable et ajustée.

Les neurosciences jettent la lumière sur la théorie de l’attachement

La psychologie a jeté les bases d’une théorie que les neurosciences viennent aujourd’hui appuyer.

En effet, l’état actuel de la recherche en neuroscience sur le lien d’attachement mettent en avant l’interaction entre des neurotransmetteurs. Aujourd’hui, il est possible de comprendre comment les mécanismes de l’attachement impactent notre cerveau. Ces nouvelles données neurobiologiques confirment l’importance des soins maternels donnés dans les deux premières années de vie.

La chercheuse française la plus connue dans ce domaine est la pédopsychiatre Nicole Guédeney de l’institut mutualiste Montsouris à Paris. Cette spécialiste de l’attachement affirme

Tous les bébés humains sont programmés pour rechercher la proximité d’une personne ou de plusieurs personnes adultes qui sont autour de lui. Le bébé seul ça n’existe pas. L’attachement, c’est la recherche de la proximité en cas de détresse.

 

D’un point de vu scientifique, l’attachement est un ensemble d’interactions entre différents neurotransmetteurs et hormones et cela sous l’influence de facteurs génétiques et environnementaux.

Un nourrisson qui pleure et réclame des soins est dans un état de stress que seule la présence et les soins donnés par la figure d’attachement peuvent calmer. Le cerveau d’un enfant de cet âge est très sensible au stress qui libère l’hormone de la peur : la vasopressine. Les conséquences sur le développement de l’enfant peuvent être dramatiques. C’est d’ailleurs, pourquoi il ne faut jamais laisser un enfant pleurer.

Au contraire, la présence rassurante de la figure d’attachement qui a su reconnaître et répondre aux besoins du nourrisson favorise la libération de l’hormone du bonheur : l’ocytocine. Cette hormone est la conséquence physiologique d’un lien d’attachement sécure et adapté aux besoins de l’enfant.

La théorie de l’attachement et les découvertes récentes en neurobiologie nous conduisent tout naturellement à porter sur nos enfants un regard bienveillant. Car l’attachement fait bien partie des besoins fondamentaux de l’enfant et de tout être humain. Pour avancer sur le chemin d’une parentalité bienveillante et consciente, je crois qu’il est indispensable de savoir quels en sont les fondements psychologiques et scientifiques. Ces arguments finiront de convaincre ceux qui n’accordent que peu d’importance au respect de l’enfant et à son intégrité.


Pour aller plus loin, je vous indique les ouvrages qui m’ont aidé à rédiger cet article :

L’attachement – Un lien vital
Comprendre l’attachement et les troubles de l’attachement : Théorie, preuve et pratique
L’attachement, un départ pour la vie

Le cercle Psy n°21, juin,juillet, août 2016

 

 

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